L’intelligence artificielle s’invite dans tous les domaines, et elle est présentée comme une solution rapide et efficace pour la synthèse instantanée, la transcription automatique et même la rédaction des PV de réunions de CSE. 

Cependant, le procès-verbal de CSE n’est pas un document comme les autres : il constitue un historique du dialogue social au sein d’une entreprise, et une référence officielle pour les élus, la direction, et parfois pour des tiers.

Si la tentation de gain de temps est séduisante, peut-on confier sans risque la mémoire des échanges d’un CSE à un serveur, alors que leur restitution repose avant tout sur la compréhension et l’analyse d’un cerveau humain ? De même, qu’en est-il de la confidentialité ?

Confidentialité : le premier risque majeur de l’IA

Le stockage des enregistrements audio confiés à une IA

L’utilisation d’une IA pour transcrire un enregistrement audio implique de se poser la question du stockage des données. Dans la plupart des cas, il est difficile, voire impossible, de savoir précisément :

• Sur quels serveurs les fichiers sont stockés,
• Dans quel pays sont situés ces serveurs et de quelle législation ils dépendent,
• Combien de temps ils sont conservés,
• S’ils peuvent être réutilisés, notamment pour entraîner des modèles d’IA,
• Dans quelles conditions ils peuvent être exploités,
• Qui a accès à ces enregistrements,
• De quelle manière ils sont sécurisés,
• Si leur suppression est réellement définitive et vérifiable.

Un risque incompatible avec les enjeux du CSE

Dans un contexte où les informations portées au CSE sont par nature sensibles et stratégiques, l’absence de visibilité sur le stockage et la gestion des enregistrements confiés à une IA constitue donc un risque réel, incompatible avec les exigences de confidentialité du dialogue social et avec les responsabilités des élus du CSE.

En effet, là où un cerveau humain exerce avec discernement et responsabilité, un serveur se contente d’exécuter, sans mesurer les enjeux ni les conséquences.

C’est pourquoi, dans le cadre du principe de confidentialité et de discrétion, les rédactrices et les rédacteurs de Résumémo signent une charte qui stipule qu’« elle (il) s’engage à ne pas faire usage de l’intelligence artificielle (IA) pour la retranscription des enregistrements audio ou vidéo qui lui sont confiés dans le cadre de tests ou de missions ».

Qualité de restitution : quand la rapidité fait perdre le sens

Une compréhension approximative des échanges

L’un des principaux arguments en faveur de l’IA est sa rapidité. En quelques minutes, un enregistrement peut être transcrit et synthétisé. Mais en matière de PV de CSE, la vitesse n’est pas un gage de qualité.

Au-delà de sa fonction de mémoire, le PV revêt une valeur juridique. Sa rédaction exige donc rigueur, compréhension fine des échanges et parfaite maîtrise du contexte.

Lorsque les propos se chevauchent, ou lorsque le ton et le contexte jouent un rôle essentiel dans le sens des interventions, l’IA rencontre des difficultés à en saisir la portée, engendrant formulations imprécises, omissions ou encore contresens.

Une synthèse qui ne reflète pas la réalité des débats

De plus, l’IA tend à produire une synthèse qui va à l’essentiel. Or, l’objectif d’un PV de CSE est de refléter la réalité des propos, les nuances, les réserves exprimées, les désaccords.

Une simplification excessive peut, dans le pire des cas, fragiliser la validité juridique du document. 

Là encore, la rapidité du serveur ne compense pas l’analyse du cerveau.

IA et PV de CSE : une fausse bonne idée pour les élus

Relire, corriger, réécrire : un gain de temps illusoire

Utiliser une IA pour rédiger un PV de CSE est souvent présenté comme un gain de temps. Mais en pratique, les élus doivent relire attentivement le document, attribuer les propos aux bonnes personnes, reformuler les passages ambigus et corriger les erreurs. Un travail qui peut se révéler long et fastidieux. Finalement, l’IA ne supprime pas la charge de travail : elle la déplace.
 

Un risque accru de tensions et de contestations

Pire encore, un PV mal restitué peut engendrer des désaccords sur son contenu, générer des tensions, retarder sa validation et, potentiellement, dégrader le dialogue social. Ce qui devait simplifier le quotidien des élus devient alors une source de complications supplémentaires.
 

Au delà des mots : ce que l’IA est incapable de restituer

Un procès-verbal de CSE ne se limite pas à la transcription des propos. Il s’inscrit dans un contexte précis, façonné par l’histoire et la culture de l’entreprise. Certains sujets sensibles reviennent régulièrement à l’ordre du jour, et cette continuité est essentielle pour comprendre la portée réelle des échanges.

Aussi performante soit-elle, l’IA ne dispose pas de cette mémoire contextualisée et ne sait pas interpréter ce qui n’est pas formulé oralement de manière explicite.
 

En revanche, à partir d’un enregistrement, un rédacteur humain est en mesure de percevoir les silences inhabituels, les hésitations, les variations de ton ou les réponses prudentes qui traduisent un malaise, une tension ou une inquiétude sous-jacente. Autant de signaux non verbaux audibles qui donnent tout leur sens aux interventions.

Cerveau contre serveur : le risque d’arrêter de réfléchir

Au-delà des aspects techniques et juridiques, le recours systématique à l’IA pour rédiger un PV de CSE pose un risque plus subtil, mais tout aussi important : celui de la déresponsabilisation et de l’automatisation de la pensée.

En s’en remettant à un outil pour produire le PV, on cesse d’analyser les échanges, d’en mesurer les enjeux et d’assumer pleinement la responsabilité du document. On pourrait même cesser de réfléchir tout court !

 

Or, un PV de CSE n’est pas une simple note technique : il s’agit d’un document officiel, qui engage les élus et reflète la dynamique humaine de la réunion. C’est cette responsabilité, cette capacité à comprendre et à prendre du recul qui distingue le cerveau humain d’un serveur.

Conclusion

 

Derrière l’opposition entre le cerveau et le serveur, autrement dit, entre la matière grise et les circuits imprimés, se joue une question essentielle : qui pense réellement le contenu ?

Un serveur traite des données, mais un cerveau comprend des situations : pour un PV de CSE, cette différence est décisive. Laisser l’IA prendre le relais, c’est prendre le risque de perdre le contrôle de ce qui compte vraiment. 

C’est pourquoi, chez Résumémo, nous estimons que la rédaction des procès-verbaux de CSE doit rester une affaire humaine, car l’IA ne remplacera jamais le discernement, l’analyse, le jugement et l’expertise d’un rédacteur. 
 
 
 

Publié le 9 janvier 2026